Activités culturelles

Avec les 2GATL1... et les garçons.

Par GUILLAUME LEBOURGEOIS, publié le jeudi 31 mars 2022 14:15 - Mis à jour le mercredi 5 octobre 2022 17:38
La classe de 2GATL1 a pu enregistrer des extraits du texte de Brigitte Giraud, Avec les garçons. L'autrice, Goncourt de la nouvelle 2007 viendra rencontrer les élèves le mardi 12 avril à 15h30.

Les élèves de 2GATL1 ont poursuivi ce mardi 29 mars le travail avec le théâtre Nouvelle Génération. Après avoir écouté Romance de Catherine Benhamou une histoire sous casque narrée par le comédien Philippe Chareyron et le compositeur Nicolas Thévenet, ils ont pu enregistrer des extraits d'avec les garçons, le très beau texte de Brigitte Giraud qui évoque les premiers émois d'une jeune fille. Après un atelier de mise en voix qui a permis aux élèves de s'écouter, d'entendre leurs voix différemment, de travailler l'intonation et l'intention, certains ont pu découvrir la mise en sons et mixer des musiques pour illustrer leur lecture. Un studio avait été installé et il ont pu ainsi goûter au stress de l'enregistrement et ont pu aussi mieux se connaitre.

Bravo aux élèves pour leur implication, leur attention soutenue et leur cohésion tout au long de l'après midi. Merci à la région AURA pour le financement de ce projet. Merci au Théâtre Nouvelle Génération (Vanina Chaize, Philippe Chareyron, Nicolas Thévenet) qui propose de formidables spectacles et des projets innovants et valorisants pour nos élèves.

 

 

Le QR code menant directement au travail :

Les élèves feront écouter le montage final à Brigitte Giraud lors de sa venue au lycée le mardi 12 avril à 15h30. Ils pourront par ailleurs poser les questions qu'ils ont préparées sur la démarche d'écriture de l'autrice et sur d'autres oeuvres de son parcours littéraire, notamment Jour de courage (2019), Un loup pour l'homme (2017) et Avoir un corps (2013).

Les extraits du texte de Brigitte Giraud, Avec les garçons.

Je crois bien que tout a commencé avec les garçons, le langage, le corps, la respiration, mais aussi l’attente et le chagrin.

Puis, les garçons sont devenus des hommes, mais je n’ai pas vu la différence.

Il n’y a pas d’âge, seulement une inquiétude, la peur que le miracle n’ait plus lieu.

Baby Foot

  1. Ça commence un jour d’été. Et ça ne s’arrêtera jamais. Les lanières de mes sandales me blessent. Mais je ne vois que le garçon.
  2. Le garçon ne me regarde pas. C’est la meilleure preuve que quelque chose arrive.
  3. J’y pense toute la journée […] je le cherche vers les tables de ping-pong. Je ne respire plus de la même façon.

6.   Le garçon est mince et bronzé […] Il garde la chemise ouverte quand il joue au flipper.

7.   Il perçoit ma présence, c’est obligé, mon regard doit peser sur chacun de ses gestes.

9.   Je n’aime plus aller à la plage avec mes parents, je n’ai plus envie de jouer au ballon avec mon frère.

10. Je déteste mon père qui m’éclabousse soudain. Je pousse des cris.

11. Je devins mystérieuse et susceptible.

12. J’entends parler d’hormones, on me traite de grande dinde ou de Madame la marquise.

13. Je découvre l’attente, l’inertie qui met à vif chacune de mes cellules.

15. Avant de m’aventurer vers le flipper, je prends une douche. Plus pour retirer les effets d’un rêve gluant que pour véritablement me laver du sel et du sable de la plage.

16. Je ne suis qu’une boule de feu, je brûle et je n’aime pas ça.

20. Le garçon est plus âgé que moi, peut être déjà 15 ans. […] Nos regards se trouvent sans s’être cherchés. Voilà, c’est fait. Ça commence comme ça. Les yeux du garçon dans ceux de la fille. Quelque chose est arrivé.

21. J’ai peur qu’il m’oublie. […] J’ai peur qu’il disparaisse.

23. Je joue au baby-foot toute la soirée, je me sens habitée par une force nouvelle.

25. Est-ce qu’il sait cela ? Est-ce qu’il a conscience de la simplicité de la chose ? J’ose. Je me retourne. Et c’est comme si j’étais nue soudain.

27. Bien sûr je ne m’endors pas. Je flotte au-dessus du matelas. […] Je suis possédée, ligotée, je suis dépendante.

28. Comment pourrais je dormir alors qu’une succession de vagues irradie tout mon corps ?

29. Le garçon ne m’a pas encore parlé. Mais c’est comme si nous nous aimions déjà.

38. Se chercher, s’ignorer, se surprendre. Onde de choc dans la cage thoracique.

39. Je tombe amoureuse du garçon fragile.

40. Je tombe sur mon lit, totalement ivre.

42. « Pas faim, en quel honneur ? interroge ma mère.

43. Je deviens muette.

45. Installée face à la mer, je fixe l’horizon, droit devant.

47. Le garçon écoute la musique du juke-box et bouge un peu les cheveux. Instant Karma de John Lennon mais sur le coup je ne le sais pas.

48. Nous nous asseyons sur un petit mur. Alors il m’embrasse, disons que je laisse ses lèvres se poser sur les miennes.

49. Nous nous tenons la main […] toujours silencieux, secrètement heureux. […] Je le prends dans mes bras sans trop le serrer. Nous ne savons pas combien de temps doit durer un baiser.

52. Je suis hantée par la présence du garçon, et je perds toutes mes capacités.

53. Le garçon n’est pas bavard, il ferme les yeux quand il m’embrasse. […] Je ne propose rien, je ne voudrais pas compromettre ce qui existe déjà.

54. Et puis l’amour arrive, tel une onde imprévue. […] Je respire pour deux.

56. J’étais consentante […] je suis prise au piège. Je sais ce qui va arriver, je sais déjà le manque, la fin de l’été foudroyée.

59. Nous imaginons que nous sommes les seuls, parmi les vacanciers à avoir une histoire d’amour.

61. Je ne me confie pas. Pas un mot à propos de ma métamorphose. Pour que mon expérience demeure unique, elle doit rester secrète.

62. C’est ma dernière soirée. Je suis entre les bras du garçon, et je découvre la cruauté de la présence et de l’absence mêlées. A onze du soir, je crois que ma vie s’arrête là.

64. Et ma vie s’arrête ainsi, séparée à jamais du garçon. La nuit est comme un gouffre, une aspiration. Je dégringole.

65. La voiture s’éloigne de la maison de vacances, nous longeons un moment la mer, puis tout disparaît.

67. Ça commence un jour d’été. Et ça ne s’arrêtera jamais. La pierre brûle. La lumière fait comme un incendie. Les lanières de mes sandales me blessent. Mais je ne vois que le garçon.

In Avec les garçons, Brigitte Giraud, Ed. J'ai lu.