Activités culturelles

Un Shakespeare vivant au TNP

Par ALBA TERENTJEV, publié le samedi 31 janvier 2026 13:36 - Mis à jour le samedi 31 janvier 2026 15:49
Le 27 janvier 2026, le lycée Magenta, représenté par les classes de Terminale Métiers de l’Accueil (TMA) et de Terminale Agora 1, a vécu une journée d’exception au Théâtre National Populaire de Villeurbanne.

Bien plus qu’une simple sortie scolaire, cette immersion au cœur du TNP a offert à nos élèves une rencontre concrète avec l’histoire du théâtre, ses métiers, sa mission de service public et la puissance intemporelle du texte shakespearien.

Une matinée au cœur de l’histoire du TNP

Dès notre arrivée, nous avons été chaleureusement accueillis par Claire Delory, chargée des relations avec le public de l’enseignement secondaire et supérieur, dont la générosité et la précision des explications ont marqué les esprits. Elle nous a guidés à travers les espaces du théâtre, retraçant son histoire et celle du quartier des Gratte-Ciel.

Dans les années 1920-1930, ce quartier n’était encore qu’un ensemble de marécages insalubres. Sous l’impulsion de Lazare Goujon, maire socialiste et médecin, un vaste projet hygiéniste fut mis en œuvre afin d’offrir aux ouvriers des conditions de vie dignes : logements sociaux dotés de salles de bains privatives, accès à l’eau courante, balcons, services publics intégrés. Le Palais du Travail, qui abrite aujourd’hui une partie du TNP, témoigne de cette ambition sociale : on y trouvait également une piscine et divers services destinés à améliorer le quotidien des habitants.

Claire Delory nous a ensuite replongés dans l’histoire du Théâtre National Populaire. Né à Paris, le TNP avait pour vocation de rendre le théâtre accessible à tous, alors qu’il était longtemps resté l’apanage des élites. Après la Seconde Guerre mondiale, Jean Vilar fut chargé de lui redonner vie. Fondateur du Festival d’Avignon, il concevait le théâtre comme une fête, un moment de partage collectif. Il instaura le système d’abonnement afin de fidéliser et démocratiser le public, développa une identité visuelle forte notamment autour des couleurs tricolores et affirma la dimension profondément citoyenne du spectacle vivant.

La visite de la grande salle, avec sa scène et son espace sans séparation hiérarchique entre les spectateurs, a illustré concrètement cette volonté d’unir le public en un seul bloc, sans distinction sociale. Le théâtre, ici, est un lieu de sociabilité et de communion.

La matinée s’est poursuivie par la découverte des métiers du TNP. Geoffray Chantelot, membre du service accueil, a présenté son rôle auprès du public : orientation, sécurité, vigilance face aux éventuels malaises, un témoignage particulièrement parlant pour les élèves de TMA. Puis Robin Chabot, administrateur de production, a expliqué son travail de gestion des contrats, d’accueil des compagnies et de suivi budgétaire, faisant écho aux enseignements de la classe de Terminale Agora.

Le rangement c'est du temps !

Enfin, nous avons eu le privilège de visiter l’atelier costumes. Entre étoffes, accessoires et techniques de retouche, les élèves ont découvert l’envers du décor : adaptation aux comédiens, lavage, patine des tissus pour créer des effets d’usure, fabrication d’éléments factices. Ils ont même pu essayer certains chapeaux et manipuler les matières. Une expérience sensorielle et concrète qui a clos une matinée d’une richesse remarquable.

L’après-midi : le corps et la voix en mouvement

La deuxième partie de la journée fut consacrée à la pratique théâtrale. Les comédiens Lucile Courtalin et Erwan Vinesse ont animé deux ateliers complémentaires. Échauffement corporel et vocal, travail du regard, de l’écoute, de la posture, des gestes : les élèves ont expérimenté la scène de l’intérieur.

Lucile Courtalin a proposé un travail autour d’extraits de Mesure pour mesure de William Shakespeare, spectacle programmé le soir même. Erwan Vinesse, quant à lui, a conduit un atelier d’improvisation, invitant chacun à oser, à inventer, à habiter l’espace. Grâce à leur pédagogie exigeante et bienveillante, les élèves ont découvert que le théâtre est avant tout affaire de présence, de sincérité et de collectif.

 

 

Une soirée shakespearienne magistrale

La journée s’est achevée par la représentation de Mesure pour mesure, dans l’adaptation et la mise en scène de Lucile Lacaze, avec Erwan Vinesse. Malgré la pluie battante et un horaire tardif le spectacle débutait à 20 heures , les élèves ont répondu présents avec sérieux et enthousiasme.

La pièce met en scène le duc de Vienne qui confie le pouvoir au rigoriste Angelo, chargé de « purifier » la cité. Claudio est condamné à mort pour fornication. Sa sœur Isabella, novice au couvent, implore sa grâce. Angelo lui propose alors un odieux marché : sauver son frère en échange de sa virginité. S’ouvre un drame moral intense où justice, pouvoir, désir et hypocrisie s’entrelacent.

Portée par quatre interprètes d’une remarquable virtuosité, la mise en scène offre un suspense haletant et restitue toute la vitalité du texte shakespearien. En une heure et demie, les comédiens incarnent une galerie de personnages avec une précision et une énergie impressionnantes. La scénographie, les costumes notamment les variations autour de la tenue d’escrime et les touches musicales confèrent à l’ensemble une profondeur à la fois esthétique et spirituelle.

Œuvre d’une étonnante modernité, Mesure pour mesure interroge les abus de pouvoir, la morale, la liberté individuelle. Elle s’inscrit pleinement dans la thématique de Terminale « Rythmes et cadences de la vie moderne : quel temps pour soi ? », invitant à réfléchir à la pression sociale, aux choix intimes et à la quête d’intégrité.

On rit, on frissonne, on réfléchit : Shakespeare, magnifiquement servi, nous rappelle que le théâtre nous rend plus vivants.

Nous adressons nos plus sincères remerciements au Théâtre National Populaire pour son accueil exceptionnel et pour avoir rendu possible ce projet ambitieux en le co-finançant avec la Cité éducative de Villeurbanne et la région AURA.

Notre gratitude va tout particulièrement à Claire Delory, pour sa disponibilité, sa bienveillance et la qualité remarquable de ses interventions tout au long de la journée.

Nous remercions chaleureusement Lucile Courtalin et Erwan Vinesse pour des ateliers et une représentation qui ont profondément marqué nos élèves.

Nos remerciements s’adressent également aux professeurs accompagnateurs, M. Mourad Yakine, Mme Stéphanie Weil et M. Bougonna, ainsi qu’à M. Teysseyre proviseur du lycée Magenta, dont le soutien constant aux projets culturels permet de concrétiser de telles initiatives.

Nous remercions enfin Anne-Claire Fromont, professeure documentaliste à l'origine de ce partenariat avec le TNP pour son engagement et l'organisation de cette magnifique journée. 

Et bien sûr, nous félicitons nos élèves de Terminale, exemplaires par leur attitude et leur implication. Cette immersion théâtrale, dense et exigeante, les a enrichis humainement et culturellement. Gageons qu’elle les accompagnera longtemps sur les bancs du lycée comme au-delà, et peut-être jusque dans leur réussite au baccalauréat.

Pour rappel sur les écrans au cinéma depuis le 21 janvier :

Angleterre, 1580. Un professeur de latin fauché, fait la connaissance d'Agnes, jeune femme à l'esprit libre. Fascinés l'un par l'autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier et d'avoir trois enfants. Tandis que William Shakespeare tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches domestiques. Lorsqu'un drame se produit, le couple, autrefois profondément uni, vacille. Mais c'est de leur épreuve commune que naîtra l'inspiration d'un chef d'oeuvre universel.

 

 

 

 

 


 

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