Activités culturelles

Une leçon de goût, d’histoire et d’élégance avec Naouël Aouar

Par ALBA TERENTJEV, publié le dimanche 18 janvier 2026 13:48 - Mis à jour le dimanche 18 janvier 2026 15:34
Le 12 janvier 2026, une rencontre inspirante avec Naouël Aouar, cheffe de projets culturels et pédagogiques au Musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon, a offert une immersion fascinante dans l’univers raffiné du XVIIIe siècle.

Cette conférence lumineuse, fût un véritable voyage dans le temps, où couleurs, matières et symboles se sont entrelacés pour raconter l’histoire d’un art de vivre.

Les fleurs furent le fil conducteur de cette conférence. Omniprésentes dans les décors, les textiles et les arts décoratifs, elles incarnent à la fois la beauté, l’éphémère et l’harmonie avec la nature. Elles ornent les murs, se tissent dans les étoffes et deviennent un langage esthétique à part entière.

La conférence s’est ensuite orientée vers la description d’un hôtel particulier au XVIIIe siècle et plus précisément le Musée des Tissus et des Arts décoratifs ancienne résidence privée du gouverneur de Lyon, le duc de Villeroy. Ces demeures urbaines, véritables « petits châteaux en ville », étaient conçues « entre cour et jardin ». Elles reflétaient le statut social de leurs propriétaires et incarnaient l’élégance d’une noblesse en quête de raffinement.

Après 1715, la cour quitte Versailles, jusque-là centre névralgique du pouvoir, pour se disperser dans Paris. Les salons deviennent alors des lieux majeurs de sociabilité, souvent tenus par des femmes, véritables animatrices de la vie intellectuelle et artistique. Le XVIIIe siècle, siècle des Lumières, s’affirme comme une époque de délicatesse, de subtilité et d’élégance.

Le jardin à la française, également présenté, illustre parfaitement cette philosophie. Le jardinier y est à la fois artiste, ingénieur et mathématicien. Son objectif : dominer la nature, la discipliner, montrer la maîtrise de l’homme sur son environnement. Cette pensée rejoint celle de René Descartes, pour qui la raison humaine doit s’imposer comme force directrice.

Deux styles majeurs structurent cette période : le style baroque, au début du siècle, puis le style rocaille, caractéristique du règne de Louis XV. Courbes, légèreté, fantaisie et délicatesse s’imposent dans les meubles et les textiles.

Impossible d’évoquer le Musée des Tissus sans parler de la soie. Lyon, capitale historique de cette matière précieuse, doit sa renommée aux vers à soie nourris de feuilles de mûrier. Une légende raconte qu’un cocon serait tombé dans la tasse de thé d’une impératrice chinoise, déroulant par hasard le fil de soie. La Chine conserva longtemps ce secret avant que la célèbre route de la soie ne relie l’Asie à l’Europe, devenant l’un des axes majeurs du commerce international.

Au XVIIIe siècle, les motifs s’enrichissent : fleurs, fruits, paysages, petits personnages inspirés de l’Orient, les fameuses "chinoiseries" envahissent les tissus. À Versailles, la chambre du roi est ornée de brocarts somptueux mêlant fils de soie, d’or et d’argent. Les techniques de tissage, complexes et coûteuses, témoignent du prestige associé à ces étoffes.

La chambre du roi n’est pas seulement un lieu intime : elle est aussi un espace de réception. C’est d’ailleurs au XVIIIe siècle que naissent véritablement le salon et la salle à manger, tels que nous les connaissons aujourd’hui.

Philippe de LaSalle, l’artiste des lumières et du raffinement

Au cœur du XVIIIe siècle, entre faste, élégance et révolution des sensibilités, Philippe de LaSalle incarne un art de vivre où la beauté devient langage, et le luxe, une philosophie. À travers ses œuvres, il éclaire une époque où le corps, la mode et l’esprit se répondent dans un même souffle esthétique.

On surnomma Philippe de LaSalle l’artiste des lumières. Non seulement pour son travail sur les motifs floraux, délicatement traités en couronnes, mais surtout pour cette capacité rare à capter l’essence d’un siècle en pleine mutation. Le XVIIIe siècle voit naître le néoclassicisme : un retour à l’Antiquité, à l’ordre, à l’équilibre. Mais ce retour à la rigueur n’exclut pas la liberté. Bien au contraire.

Les scènes galantes, les tableaux du libertinage, la célébration des corps et des esprits affranchis se multiplient. Philippe de LaSalle en saisit la vivacité, le frisson, l’audace. Il innove aussi en créant les portraits tissés, véritables prouesses textiles où le visage humain devient œuvre de fil et de lumière.

Ce siècle est aussi celui des femmes de pouvoir. Catherine II de Russie, Marie-Thérèse d’Autriche, Marie-Antoinette, Madame de Pompadour : des femmes instruites, influentes, cultivées, qui façonnent la politique autant que les modes. Les palais russes se parent de soieries françaises, tandis que l’art décoratif hexagonal conquiert jusqu’à la Maison Blanche. La France devient une référence universelle.

Depuis Louis XIV, le luxe s’impose comme une signature nationale. On s’habille à la française, on mange à la française, on parle à la française. Le mythe naît à Versailles et ne s’est jamais vraiment éteint. Aujourd’hui encore, il s’incarne dans l’imaginaire collectif, jusque dans des séries populaires comme Emily in Paris.

Mais ce luxe a un prix. Les corps féminins sont contraints, sculptés, enfermés dans des carcans d’élégance : robes à paniers en osier puis en métal, corps à baleine, ancêtres du corset, imposent une posture droite, reflet d’une morale droite. Beauté et souffrance deviennent indissociables. Certaines femmes en meurent. Le corps devient une vitrine  sociale.

Le volume impressionne. Les coiffures atteignent des sommets vertigineux, comme la célèbre « Belle Poule ». Léonard, coiffeur officiel de Marie-Antoinette, transforme la tête en scène de théâtre. Tout est spectacle, jusqu’au moindre geste. Le contenant doit être aussi précieux que le contenu.

Le mariage, lui, reste une transaction. Le mariage « d’amour » sera beaucoup plus tardif. Pourtant, Marie-Antoinette, avec son goût raffiné et sa sensibilité, devient une icône de style. Elle influence toute une génération, imposant une nouvelle façon d’être femme, d’être vue, d’exister.

Le XVIIIe siècle est celui de l’écriture, du parfum, des objets délicats, des éventails, de la conscience du moindre mouvement. Mais c’est aussi un siècle de retour à la nature. Rousseau inspire l’introspection, l’individualisme naissant. Le hameau de la reine, d’inspiration anglaise, marque ce désir d’authenticité, ce besoin de se rapprocher de soi.

Dans cette époque de contrastes, Philippe de LaSalle ne se contente pas de créer. Il révèle. Il met en lumière un monde où la beauté est un code social, où l’élégance est une arme, où le corps devient territoire politique. Un monde où, déjà, l’on murmure cette devise éternelle : « Pour être belle, il faut souffrir. »

Le lycée Magenta tient à adresser ses remerciements les plus sincères à l’ensemble des acteurs qui rende possible ce projet culturel d’exception.

Nous exprimons notre gratitude toute particulière à Naouël Aouar, cheffe de projet culturel et pédagogique du musée des Tissus et des Arts décoratifs, pour son exceptionnelle conférence. D’une rare richesse, abordant l’ensemble des thématiques avec finesse, profondeur et sensibilité, elle a marqué durablement les esprits des élèves. Ce fut une véritable explosion de goût, de savoir et de couleurs.

Nous remercions le proviseur du lycée Magenta Monsieur Teysseyre, dont le soutien indéfectible aux projets culturels permet aux élèves d’accéder à des expériences pédagogiques riches, ambitieuses et profondément formatrices.

Nous remercions également Madame Guillemin, Madame Fromont et Madame Moulin pour leur présence et leur engagement, ainsi que les élèves de la classe de seconde Marvi, dont l’attention, la curiosité et le dévouement ont donné tout son sens à ce projet.

Enfin, nos remerciements les plus chaleureux s’adressent au musée des Tissus et des Arts décoratifs, partenaire essentiel de cette aventure, qui nous permet de mettre en place ce magnifique projet, à la croisée de l’histoire, de l’art et de la sensibilité contemporaine.

 

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